À l’occasion du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a publié, ce 30 juin 2026, une lettre ouverte adressée au président Félix Tshisekedi. Loin d’un message de célébration, le médecin congolais affirme que le pays traverse une « crise existentielle » et met en garde contre les risques de balkanisation, tout en dressant un bilan très critique de la gouvernance du chef de l’État depuis son accession au pouvoir en 2019.
Dans cette correspondance, Denis Mukwege explique avoir initialement accordé au président le bénéfice du doute, malgré les controverses entourant son arrivée au pouvoir. Il affirme toutefois que les espoirs d’une alternance démocratique ont progressivement laissé place à une profonde déception.

Le gynécologue de Panzi reproche notamment au président Tshisekedi de n’avoir pas engagé les réformes promises en matière de justice transitionnelle. Il regrette l’absence d’un tribunal pénal spécial pour juger les crimes documentés dans le Rapport Mapping de l’ONU et estime que la lutte contre l’impunité est restée lettre morte.
Sur le plan sécuritaire, Denis Mukwege critique vivement l’état de siège instauré en avril 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, qu’il considère comme un échec. Selon lui, cette mesure exceptionnelle a contribué à une aggravation de l’insécurité et de la situation des droits humains, sans produire les résultats attendus.

Le Prix Nobel remet également en cause la stratégie diplomatique du gouvernement face à la crise dans l’Est du pays. Il dénonce les accords militaires conclus avec certains pays voisins, l’adhésion de la RDC à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ainsi que la multiplication des initiatives régionales de médiation, qu’il juge insuffisamment coordonnées et inefficaces.
Dans sa lettre, Denis Mukwege critique aussi le retrait accéléré de la MONUSCO et évoque l’accord économique conclu avec le Rwanda sur les minerais, estimant que ces choix ont fragilisé la position de la RDC dans le conflit qui l’oppose au Rwanda et au M23.

Enfin, il appelle le président Félix Tshisekedi à engager des réformes profondes des institutions, du secteur de la sécurité et de la gouvernance afin de préserver la souveraineté nationale, restaurer la confiance des citoyens et éviter une aggravation de la crise que traverse le pays.
Cette lettre constitue l’une des prises de position les plus sévères de Denis Mukwege à l’égard du pouvoir en place depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête de l’État.
